Antti Lovag
Antti Lovag, né en 1920 et mort en 2014, est l'architecte auquel on doit les maisons bulles les plus connues. Il refusait le titre : il se disait habitologue, et sa démarche se comprend mieux à partir de ce refus que de ses réalisations.
Parcours
D'origine hongroise, formé en Suède puis installé en France, il travaille d'abord auprès de Jean Maneval et de Håkon Ahlberg avant de construire pour son propre compte à partir des années soixante. Il s'établit sur la Côte d'Azur, où la plupart de ses chantiers verront le jour. Il n'a jamais possédé de diplôme d'architecte français, ce qui l'a contraint à travailler avec des architectes signataires et explique en partie la marginalité de son oeuvre.
Doctrine
Sa critique est simple : l'angle droit n'existe pas dans la nature, le corps humain ne connaît que des courbes, et l'habitat rectangulaire impose une géométrie étrangère à celui qui l'occupe. Il en tire un principe de conception partant de la sphère, forme qui enferme le plus grand volume sous la plus petite surface, et donc la moins coûteuse en matière et en énergie. Les pièces deviennent des cellules reliées par des passages, l'ensemble croissant par adjonction plutôt que par plan d'ensemble.
Palais Bulles
Commencée en 1975 pour l'industriel Pierre Bernard, poursuivie après sa mort pour le couturier Pierre Cardin qui l'acquiert en 1989, la maison de Théoule-sur-Mer est la plus vaste et la plus visible. Elle développe plus de 1 200 mètres carrés sur plusieurs niveaux à flanc de falaise, avec amphithéâtre extérieur, bassins et une vingtaine de chambres, chacune décorée par un artiste différent. Elle est inscrite au titre des monuments historiques en 1999, du vivant de son concepteur, ce qui est rare.
Méthode de chantier
Lovag ne dessinait presque pas. Il traçait les volumes sur place, à l'échelle un, en faisant plier des armatures métalliques que l'on ajustait à l'oeil et au corps avant de projeter le béton. Le chantier tenait de la sculpture continue, avec les conséquences que cela suppose : des délais très longs, des coûts difficiles à arrêter, et une transmission malaisée puisque le savoir résidait dans la main plutôt que dans le plan.
Postérité
Une quarantaine de réalisations lui sont attribuées, principalement des maisons individuelles dans le sud de la France, dont la maison Gaudet à Tourrettes et son propre atelier. Son influence s'exerce moins par l'imitation formelle que par la question qu'il posait : celle de l'adéquation entre la forme construite et le corps qui l'habite. Cette question traverse aujourd'hui l'architecture paramétrique, qui dispose des outils de calcul qui lui manquaient.