La maison bulle de Pierre Cardin

Le Palais Bulles domine le golfe de la Napoule, à Théoule-sur-Mer, au-dessus de la pointe de l’Esquillon. On l’attribue couramment à Pierre Cardin, qui n’en fut pourtant ni le concepteur ni le premier propriétaire. La maison est signée Antti Lovag, et son commanditaire s’appelait Pierre Bernard.

Une commande de l’industriel Pierre Bernard

Pierre Bernard connaissait déjà le travail de Lovag : il lui avait fait construire sa propre villa non loin de là, en 1971, aujourd’hui connue sous le nom de Maison Bernard. Satisfait du résultat, il lui commande un second ouvrage, plus ambitieux. Le projet est conçu en 1975 et le chantier se déroule de 1979 à 1984. Il s’agit de la troisième maison bulle de l’architecte, après la maison Gaudet de Tourrettes-sur-Loup et la Maison Bernard.

Un chantier interrompu par la mort du commanditaire

Bernard destinait l’ensemble à une fonction d’accueil et prévoyait de l’agrandir encore. Sa disparition en 1991 laisse le programme inachevé.

Rachat de la maison bulle par Pierre Cardin

Le couturier acquiert la propriété au début des années 1990, à un prix modeste au regard de sa notoriété actuelle : le bien n’avait pas trouvé preneur. Cardin y voit une résidence d’été et un décor. Il fait poursuivre l’extension sans rompre avec le vocabulaire de Lovag, et porte la surface habitable à 1 200 mètres carrés.

Un décor de réceptions

Le Palais Bulles devient rapidement un lieu de fête pendant le festival de Cannes, puis une adresse recherchée pour les défilés et les tournages. Dior y présente une collection en 2015. Le bâtiment apparaît dans le film Absolutely Fabulous, dans le clip Haut Standing de SCH en 2019, puis dans celui de K-POP de Travis Scott en 2023. Cardin y expose sa collection de mobilier et d’objets des années 1960 et 1970, dont ses propres sculptures utilitaires dessinées en 1977.

Contenu d'une maison bulle

La construction se développe sur trois niveaux, que la morphologie sinueuse masque presque entièrement. Une dizaine de volumes sphériques s’interpénètrent, percés d’une centaine de verrières, de hublots et de baies ovales.

Chiffres de la maison bulle

Le programme comprend une salle de réception de 350 places assises, un salon panoramique, 10 suites décorées chacune par un artiste différent, deux piscines, des bassins et un jardin de 8 500 mètres carrés, ainsi qu’un amphithéâtre à ciel ouvert de 370 mètres carrés et 500 places. S’y ajoutent une salle de conférence, un espace bien-être et un garage souterrain.

Rose de l'Esterel

La teinte rose intense des enduits extérieurs n’est pas un caprice. Le règlement d’urbanisme du massif de l’Esterel impose des couleurs accordées aux roches environnantes. La maison prend ainsi le ton des collines de porphyre qui la portent. À l’intérieur, la même dominante se prolonge, ponctuée d’ambiances blanches et bleues.

Protection restauration et mise en vente

Le Palais Bulles fait l’objet d’une reconnaissance patrimoniale depuis 1999. L’architecte Odile Decq y conduit une restauration conservatrice de 5 ans, achevée en 2016. Cardin met alors le bien sur le marché à un prix évoqué autour de 350 puis 400 millions d’euros, ce qui en aurait fait l’une des propriétés les plus chères d’Europe. Aucune vente n’aboutit.

Une exploitation événementielle depuis 2017

Faute d’acquéreur, la maison Cardin choisit d’exploiter le lieu comme résidence de prestige et espace de réception. Le Palais Bulles accueille depuis des concerts, des mariages, des séminaires et des opérations de marques, de MTV à Rolls-Royce. Il peut aussi être privatisé pour de courts séjours.

Où dormir dans une maison bulle ?